Se réapproprier le sens des mots.

Nous voici à l’abri pendant quelque temps de l’emballement créé par les enjeux électoraux qui conduisent à privilégier dans l’urgence les concurrences partisanes aux détriment de la réflexion fondamentale. l’expression passe par les mots. l’expression, c’est à dire ce que nous avons à dire mais aussi ce qu’on nous donne à entendre.

 

Avant que nous ne soyons soumis à la multiplicité des pilonnages médiatiques nous utilisions les mots que les conversations entendues ou pratiquées depuis l’enfance nous avaient appris. Dans le meilleur des cas nous retrouvions ces mots dans les livres et si nous hésitions sur leur sens nous pouvions toujours avoir recours à un dictionnaire.

 

J’ai écris : « leur sens ». A vrai dire j’aurais dû écrire « leurs sens ». Il en va des mots comme des êtres humains, à force de se frotter à des contextes variables, ils changent. Prenons le terme « entraîneur ». Quand on parlait de sport dans les années 50 ou 60, il était suffisant pour évoquer la personne qui était chargée grâce à son expérience personnelle d’améliorer les performances d’un sportif ou d’une équipe sportive. Pourquoi a-t-il fallu au fil du temps introduire le terme de « coach » ? Par amour des anglicismes? Ce mot dérive étymologiquement du mot français « coche », voiture servant à transporter des personnes.

 

Chacun garde peut-être en lui quelques souvenir de cette fable de La Fontaine « Le coche et la mouche ». Le coche de cette fable n’est pas particulièrement performant. En réalité, ce sont les chevaux qui font avancer le coche. Sans doute le cocher y est-il aussi pour quelque chose. De ce vieux mots français les anglais ont fait « coach » symbolisant par la suite pour les étudiants britannique le fait de changer en apprenant. Le professeur devient le « coach », le coche qui fait culturellement voyager.

 

En réalité, la différence entre le « coach » et « l’entraîneur » c’est que ce dernier apparaît comme à côté de ceux qu’il entraîne. Le « coach », subjectivement, nous semble plus en relation avec la personne ou le groupe qu’il entraîne. Ici la relation entre entraîneur et entraîné apporte un plus dont le terme « entraîneur » ne semblait pas rendre compte. Ainsi avec le temps et l’évolution des connaissances les mots changent et si l’on n’est pas d’accord avec le sens des mots que l’on utilise on peut se tromper lourdement et les échanges par la parole ou l’écrit peuvent devenir de véritables dialogues de sourds.

 

C’est ainsi que bien des mots utilisés en politique sont devenus des « mots valises », c’est à dire des mots qui, au fil du temps, ont pris plusieurs sens et finissent par nous empêcher de savoir de quoi on parle réellement. Au fil des jours nous prendrons le temps de revisiter des mots très utilisés en politique, par exemple: capitalisme, communisme, gauche, droite, finance, entrepreneur, entreprise, spéculation, travail…..

 

Peut-on être des citoyens efficaces si on n’accepte pas de procéder à cette mise à jour pour devenir capable de comprendre vraiment ce qu’est la politique? On peut choisir de ne pas faire l’effort de bien comprendre ce qu’est la politique, dans ce cas on laisse les autres décider de sa vie. Puisque c’est le jour de la rentrée scolaire, c’est peut-être le bon moment de rappeler que c’est aussi par l’école que se font les apprentissages qui nous permettent de devenir des citoyens conscients.