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La période électorale qui vient de s'achever a bousculer bien des représentations et des certitudes. Peut-on y comprendre quelque chose sans prendre en compte l'évolution du contexte politique tout au long de ces presque 5 dernières décennies. De fait, depuis les années 1970 une véritable rupture qualitative s'est produite dans l'état de la société française. La classe paysanne s'est réduite des 2/3. Les grands bastions industriels, notamment de la sidérurgie, des grands chantiers navals, de la production de machines outils mobilisant une masse importante de salarié, part essentielle du salariat se sont émiettés. Les emplois de services, d'accompagnement des processus automatisés sont devenus numériquement les plus importants.

L'externalisation d'une part importante de la production a rendu plus flou le rapport de la production des biens matériels et du développement du Capital, déconnectant l'économie réelle de la masse des gens, de la circulation financière. Cela a désorienté les représentations politiques classiques qui ne faisaient plus que de la figuration sous la férule d'une oligarchie rompue aux techniques financières modernes et idéologiquement engagée au service de la classe capitaliste.

Les derniers épisodes électoraux nous ont fait assister à l'investissement direct de cette oligarchie dans les champs de l'organisation politique de notre pays. Cette oligarchie et la classe capitaliste qu'elle sert sont composées numériquement d'une proportion d'individus notoirement plus réduite que les masses populaires qui n'ont d'autre perspective que de tenter leur chance dans le champ du salariat. Poser la question d'un véritable fonctionnement démocratique de notre pays est de fait devenu un non sens car cela conduirait l'oligarchie à renoncer à tenir le pouvoir.

La seule problématique qui se pose à nos dirigeants actuels est de savoir comment parvenir à prendre des décisions au service d'une minorité nantie quand la grande majorité est de plus en plus confrontée à la marginalisation. Notre Peter Pan de président l'a très bien exprimé: il y a la minorité de ceux qui réussissent et la majorité de ceux qui ne sont rien.

Cette dichotomie de la société entre une minorité dominante en cours de minorisation numérique et une majorité en expansion numérique mais en phase de marginalisation croissante ne peut conduire qu'à une implosion sociétale.

Jean Le Duff